Un article de Eliot Astrée
En allant voir Garance au cinéma, je m’attendais à voir un film sur la dépendance à l’alcool. C’est le cas. Mais c’est bien plus que ça. J’ai été surpris de voir un film qui selon moi parle au moins autant de bisexualité féminine que d’alcool.
Garance, c’est le parcours d’une femme bi tout ce qu’il y a de plus ordinaire : une nana qui a une vie affective strictement hétéro après avoir embrassé une de ses amies à 14 ans. Qui n’a pas de contact avec le milieu pendant des années, qui se définit comme « un petit peu gouine » quand elle rencontre Blanche, ouvertement gouine, elle. Garance rompt avec son mec (naze) et découvre à la trentaine le milieu lesbien, de nouveaux ami.es et des soirées qui ont principalement lieu au bar Le Boucan. Les habitué.es auront évidemment reconnu notre irremplaçable Mutinerie, renommée pour le film.
La scène du baiser entre Garance et Blanche devrait selon moi réconcilier les bi et les lesbiennes pour toujours. On a d’un côté « l’hétéro » fraîchement débarquée, maladroite, qui tâtonne mais assume tout de même sa non-maîtrise des codes lesbiens. De l’autre, la gouine confirmée, amusée, un peu blasée mais bienveillante, qui accueille les explorations de Garance tout en recadrant gentiment quand c’est nécessaire. Dans cette scène, Jeanne Herry saisit tout ce qu’il peut y avoir comme tension entre bi et lesbienne, tout en sachant le résoudre. Je suis sorti du film en disant qu’elle ne pouvait qu’être des nôtres, mais ça, l’histoire ne le dit pas.
Garance est d’autant plus un film bi que c’est statistiquement très cohérent de choisir des personnages bisexuel.les pour parler d’addiction. Jeanne Herry nous montre très bien toute l’ambivalence que représente le milieu queer pour Garance. C’est le lieu de ses explorations lesbiennes, un lieu festif et joyeux où elle se crée un nouveau réseau amical solide. Garance est hébergée par ses ami.es queer, on l’aide à déménager, elle est soutenue. Iels ne s’évaporent pas à la sortie du bar pour n’être présent.es que dans les moments de fête et de conso. Mais la fête et l’alcool sont pour autant très centraux dans leurs sociabilités et dans l’entrée de Garance dans cet univers. Sans rendre le milieu queer responsable de son addiction, le film montre bien comment cette consommation festive fait partie des facteurs d’aggravation de sa dépendance.
En bref, Garance est un excellent film sur la communauté, sans se présenter comme un film sur la communauté. Et c’est ça, je crois, qui fait sa justesse.