Manifeste pour un réveil Bi

Personne ne le fera à notre place (Manifeste pour un réveil Bi – Personne ne le fera à notre place, par Floralie Resa, 5 octobre 2022, publié sur le compte instagram @floralie.resa)

Aujourd’hui, quand on est une meuf bi, on a le choix entre souffrir en silence dans le monde hétéro, ou rejoindre la communauté lesbienne, où on ne sera jamais complètement à notre place. Les lesbiennes peuvent par bonne volonté essayer de nous inclure. Mais ce ne sera jamais plus qu’une place d’invitée.

D’un côté, il est courant que les meufs bi s’investissent dans la lutte contre la lesbophobie, parce que même la meuf bi la plus dans le placard vit les répercutions d’une société lesbophobe. Une société où le désir pour les femmes n’est pas la norme et affronte souvent un rejet général.

Les meufs bi ne sont pas des alliées de la cause lesbienne. Elles sont concernées par la lesbophobie.

De l’autre côté, à l’inverse, les lesbiennes ne sont pas concernées par la biphobie. La communauté des femmes qui aiment les femmes est aujourd’hui majoritairement lesbienne, et les lesbiennes ne peuvent pas, ni lutter à notre place, ni deviner ce que nous vivons spécifiquement en tant que bi.

Pourquoi attendre qu’on nous fasse une place ? Les meufs bi n’ont pas besoin des lesbiennes pour s’organiser. Nous sommes capables, nous, de nous organiser. Un grand nombre d’entre nous sommes déjà actives dans le militantisme féministe et LGBT.

Par ailleurs, si vous craignez que nous ne soyons pas assez nombreuses, sachez que les statistiques varient, mais qu’actuellement, on estime qu’il y a presque deux fois plus de bisexuelles que de lesbiennes en France (IFOP 2019). La différence, c’est que la majorité d’entre nous sommes dans le placard.

Et la raison pour laquelle nous sommes dans le placard, c’est que nous n’avons pas accès à une communauté, donc que nous devons faire face seules aux discriminations grandissantes que nous affronterons en sortant du placard. C’est un cercle vicieux.

Qu’on s’entende, je ne prétend pas que le placard protège des violences. Même les personnes bi qui sont en relation hétérosexuelle vivent plus de violences sexuelles et conjugales que les hétéro et les homo (Coston 2017). Seulement, ces violences augmentent encore plus à mesure que nous devenons plus visiblement bi aux yeux du monde. Avec en face, peu de soutien communautaire. La commu bi n’est pas organisée aujourd’hui.

Aux lesbiennes de bonne volonté qui tentent de nous inclure, parce que nous aussi nous aimons les femmes, merci. Mais je ne souhaite pas que le soutien dont les meufs bi ont besoin dépende de bonnes volontés.

Alors meufs bi, organisons-nous partout sur le territoire. Faisons nos média, nos asso, nos collectifs. Je m’adresse à celles qui sont bi. Celles qui sont dans le placard, celles qui sont en relation monogame hétéro, celles qui sont polyamoureuses ou en couple ouvert et dont les partenaires sont de toute sorte de genres, celles qui sont dans le milieu lesbien. Formons une communauté de femmes bisexuelles.

Je me suis demandée ce que moi je voulais faire dans ce sens. Mon projet perso c’est @tomcat.bi.pan un média pour les meufs bi et pan.

Tu peux : t’abonner, participer en m’envoyant des postes sur le sujet, organiser un évènement local ou national, rejoindre une asso bi et me contacter poru que je vous fasse de la pub. Le choix est vaste.

Réveillons-nous, personne n’organisera la communauté à notre place.

Sources :

IFOP 2019. « Le regard des Français sur l’homosexualité et la place de LGBT dans la société »

Coston 2017. Power and inequality: intimate partner violence against bisexual and non-monosexual women in the United States.