Critique d’œuvre : A la fin, nous ferons histoire (Marine Peyrard)

Article de @milos_book

A la fin, nous ferons histoire, de Marine Peyrard aux éditions Fières (Illustration couverture : Rafaelle Fillastre)

Note de l’œuvre ★★★★☆

Note représentation Bi/Pan ★★★★☆

Avis

A la fin, nous ferons histoire est un roman choral tournant autour d’un groupe de 4 lycéen·nes queers et qui prend place à Paris pendant les débats autour du Mariage pour tous. Parmi les 4 protagonistes, on suit Juliette, une jeune fille de 16 ans issue d’une famille bourgeoise traditionnelle engagée dans la Manif pour Tous. Le jour où elle se découvre des sentiments pour une camarade du lycée, Romane, elle se retrouve déchirée entre son amour naissant, ses préjugés et sa famille. Ce roman peut être caractérisé comme un « coming of age » ou récit initiatique. En choisissant des protagonistes adolescent·es et une période de forte tension sociale, il interroge différents sujets comme la construction de son identité propre, la difficulté pour un enfant LGBT+ de se défaire des attentes de sa famille et de trouver sa place, la violence de se voir ériger en antagoniste par une foule adulte militant contre ses droits. Il est aussi question de la force de l’amour et de la puissance de la communauté et de la solidarité. Le récit est bouleversant tant il remue des émotions puissantes. Retrouver l’ambiance pesante et tendue des débats autour du Mariage pour Tous a ravivé lors de ma lecture des souvenirs désagréables mais néanmoins nécessaires. A l’époque, je n’étais pas beaucoup plus âgée que les personnages et j’ai pu connaitre leur peur, leur désarroi, leur découragement, leur ferveur de vivre, leur espoir. En ce sens, le récit remplit un devoir de mémoire : ne pas oublier ce quoi nous sommes passés et à quel point la lutte a été difficile et constante. A quel point cette période a été difficile pour les jeunes queers qui se sont vus déshumaniser et accuser de tout les maux alors qu’iels étaient en pleine construction voire en pleine découverte de leur identité.

Pour dire un mot sur la qualité littéraire de l’œuvre, il est bon de savoir que Marine Peyrard est poétesse. Ce bagage se retrouve dans A la fin, nous ferons histoire : le texte est écrit en vers libres, la langue y est fluide et on sent que les mots sont choisis précisément. J’invite les lecteurices à le lire à voix haute ou à l’écouter pour en apprécier toutes les sonorités.

La représentation Bi/Pan

L’une des protagoniste du roman est une adolescente bi, Romane. Loin d’être uniquement l’intérêt romantique de Juliette, elle est un personnage entier, complexe et nuancé. Romane va être une des premières à pousser Juliette à s’interroger sur les inclinaisons politiques de sa famille vis-à-vis du Mariage pour Tous. Elle sera aussi une alliée et un soutien essentiels pour cette dernière quand ses anciennes fréquentations lui tourneront le dos pendant son coming in lesbien. Tout son personnage ne tourne pas uniquement autour de Juliette, elle a aussi son agentivité et son arc de développement. Elle est pétillante, proche de ses ami·es, engagée, sensible. Elle navigue elle aussi comme elle peut dans son adolescence. Elle va devoir faire face à l’homophobie et la biphobie de certains de ses proches. J’aurais aimé avoir cette représentation bi quand j’étais moi même une ado bi. J’aurai aimé me sentir comprise, me retrouver dans ses questionnements, ses émois et ses doutes. Surprenamment, Romane elle même semble avoir besoin de cette visibilité : « Pourquoi ne parle-t-on de moi dans aucune histoire ? » (p. 293) Romane est un des premiers personnages ouvertement bi que je rencontre dans un roman et je pense que c’est hyper important d’avoir accès à une représentation réaliste de la bisexualité adolescente quand on est ou a été un·e ado bi.